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Philippe Goj (CIAMT) : « La santé au travail n'est plus un sujet RH, c'est un sujet de comité de direction » Philippe Goj (CIAMT) : « La santé au travail n'est plus un sujet RH, c'est un sujet de comité de direction »

Philippe Goj (CIAMT) : « La santé au travail n’est plus un sujet RH, c’est un sujet de comité de direction »

Aucun comité de direction ne se passe aujourd’hui de revoir ses indicateurs commerciaux, son cash, ses risques cyber. Combien y consacrent un point régulier à la santé de leurs collaborateurs ? Pour Philippe Goj, président du CIAMT, le sujet est trop souvent renvoyé au service RH, comme s’il s’agissait d’une obligation administrative à traiter en silo. « C’est une erreur de pilotage », alerte-t-il. Les chiffres publiés ces dernières semaines lui donnent raison.

L’édition 2026 du Datascope d’AXA, parue fin mars, l’a confirmé : le taux d’absentéisme dans le secteur privé atteint 4,8 % en 2025, en hausse de 50 % depuis 2019. L’assureur le dit sans détour : aucun signal ne laisse présager l’atteinte d’un palier. Plus des deux tiers de ce taux sont désormais portés par des arrêts longs, c’est-à-dire de plus de deux mois. Ces absences désorganisent durablement les équipes et coûtent cher.

Plus préoccupant encore : un arrêt long sur deux chez les moins de 30 ans est désormais causé par des troubles psychologiques. Les populations historiquement épargnées — les cadres (+8 %) et les moins de 35 ans (+10 %) — sont devenues les plus exposées. « Le sujet n’est plus marginal ni cantonné aux métiers pénibles, observe Philippe Goj. Il est généralisé, et il touche directement les talents que les dirigeants cherchent à retenir. »

Un fardeau économique de 1,37 % du PIB mondial

À l’échelle internationale, l’Organisation internationale du Travail a publié le 22 avril dernier un rapport qui chiffre l’impact économique des risques psychosociaux liés au travail : 840 000 décès annuels imputables — cardiovasculaires pour la plupart, mentaux pour le reste — et un coût équivalent à 1,37 % du PIB mondial. Le travail mal conçu, mal organisé, ou exercé sous une charge incompatible avec la santé n’est plus un sujet RH. C’est un sujet de performance économique et de pérennité.

Le terrain confirme : l’usure se prépare longtemps à l’avance

Au Ciamt, service de santé au travail en Île-de-France que je préside, le constat est concret. En 2025, le service a rendu plus de 2 000 avis d’inaptitude. Plus du quart concernent des salariés âgés de 50 à 59 ans — l’âge où une carrière peut basculer. Entre la première visite de pré-reprise et l’avis d’inaptitude, le délai moyen est de 70 jours. « C’est une fenêtre courte où, trop souvent, tout aurait pu se jouer beaucoup plus tôt », observe Philippe Goj.

En 2025, le CIAMT a accompagné plus de 11 000 salariés dans des programmes d’adaptation de poste et conduit 500 études de poste individuelles. Près de deux tiers de ces démarches sont initiées à la demande directe du salarié, de l’employeur ou du médecin traitant. Des signaux faibles qui, captés à temps, évitent l’arrêt long, le contentieux et la rupture du parcours professionnel.

Le législateur n’attend plus

Le cadre se durcit. La loi du 2 août 2021 a déjà refondu la prévention en santé au travail autour d’une logique de mi-carrière. La LFSS 2026 introduit, pour les entreprises de 300 salariés et plus, un mécanisme financier indexé sur le maintien des seniors dans l’emploi. La mission d’information sur la souffrance psychique au travail, lancée par le Sénat en février, devrait livrer d’ici la fin de l’année des recommandations qui s’imposeront vite. « Les dirigeants ne peuvent plus s’en remettre exclusivement au service RH pour traiter ces sujets, prévient Philippe Goj. Ils sont devenus des indicateurs de pilotage à part entière. »

Faire de la santé au travail un point annuel de comité de direction

La recommandation est concrète : programmer une fois par an la présentation du service de prévention et de santé au travail devant le comité de direction. Profil démographique, tensions par catégorie de postes, signaux précoces, dossiers d’adaptation, accidents : autant de données qui, croisées avec les indicateurs RH classiques, permettent d’arbitrer en amont plutôt qu’en réaction. « C’est un investissement faible, à la portée de toutes les tailles d’entreprise, qui change radicalement la conversation entre la direction générale et la fonction RH », conclut Philippe Goj. Pour le président du CIAMT, le message est clair : la santé au travail n’est pas un coût, c’est l’un des leviers les plus directs de la pérennité d’une entreprise.

Marc-Antoine Gauthier

Passionné par le monde de l’entreprise, Marc-Antoine Gauthier explore les dynamiques économiques et les stratégies qui façonnent les secteurs de la finance, de l’industrie, du marketing et des technologies. Avec une expérience solide en gestion d’entreprise et un intérêt marqué pour les solutions adaptées aux micro-entreprises, il partage des analyses précises, des conseils pratiques et des réflexions innovantes pour aider les professionnels et entrepreneurs à prospérer.