Le capital appelé non versé désigne la fraction du capital social qui a été souscrite par les associés ou actionnaires mais qui n’a pas encore été effectivement versée à la société suite à un appel de fonds. Ce poste traduit une créance de la société sur ses associés et doit être distingué du capital non appelé, qui correspond à des souscriptions pour lesquelles aucun appel n’a encore été formellement effectué et qui ne sont donc pas exigibles.
Distinction juridique et formelle
La différence essentielle tient à l’exigibilité : le capital est dit appelé lorsque la décision compétente de la société (assemblée générale, conseil d’administration, gérant selon la forme sociale) a fixé un montant exigible et une échéance. Sans cette décision, la somme reste simplement promise. Les statuts peuvent prévoir un calendrier d’appels ; à défaut, chaque appel doit être formalisé et notifié aux associés. Le respect des formalités statutaires est important car il conditionne la possibilité pour la société d’engager des poursuites en cas de non-paiement.
Présentation comptable
Au plan comptable français, le Plan Comptable Général prévoit des comptes spécifiques pour enregistrer le capital appelé non versé (compte 1012 ou comptes analogues selon les plans locaux). Ce poste figure au passif du bilan en réduction du capital appelé effectivement libéré, tout en constituant une créance sur associés. Il est important de distinguer la comptabilisation initiale (inscription de la créance) et les écritures ultérieures liées aux encaissements ou aux actions correctives (provisions, radiation).
Écritures types et exemple chiffré
Voici un exemple pratique pour illustrer les écritures : une société a un capital souscrit de 100 000 EUR, dont 40 000 EUR n’ont pas été versés au moment de la constitution. Un premier appel de 30 000 EUR est lancé, puis 20 000 EUR sont encaissés.
| Étape | Débit | Crédit | Montant | Libellé |
|---|---|---|---|---|
| Constatation capital souscrit non libéré | 1012 Capital appelé non versé | 101 Capital social | 40 000 € | Partie du capital souscrite mais non libérée |
| Appel de fonds 1 | 456 Associés – comptes courants / appels | 1012 Capital appelé non versé | 30 000 € | Appel de fonds n°1 |
| Encaissement partiel | 512 Banque | 456 Associés – comptes courants / appels | 20 000 € | Encaissement apport de certains associés |
| Relance et provision si doute de recouvrement | 6817 Dotations aux provisions | 456 ou 1012 selon traitement | Montant estimé | Provision pour créances douteuses sur associés |
Information en annexe et transparence
Les états financiers doivent comporter une mention détaillée du capital appelé non versé en annexe : montant total, échéances, identité des associés concernés si la divulgation est pertinente, et tout élément expliquant l’incertitude du recouvrement. Cette information est souvent exigée par les commissaires aux comptes et utile pour les créanciers et investisseurs qui évaluent la solidité financière de la société.
Conséquences en cas de non-paiement
Si un associé refuse ou omet de payer après un appel, la société doit engager une procédure formelle : relances écrites, mise en demeure, puis, si nécessaire, procédures judiciaires. Les conséquences peuvent aller de l’application de pénalités et d’intérêts de retard à des sanctions statutaires (perte des droits attachés aux parts, réduction ou exclusion, voire saisie des parts selon les statuts et la forme sociale). Pour les sociétés anonymes et par actions, le régime des sanctions diffère de celui des SARL ou SAS ; il est donc essentiel de vérifier les règles statutaires et légales applicables.
Prescription, radiation et provisions
La créance résultant d’un appel de capital peut être soumise à des règles de prescription : la durée dépend du droit applicable. Lorsque le recouvrement devient incertain, il convient de constituer une provision pour dépréciation de la créance ou, le cas échéant, de radier la créance en perte après décision appropriée et justification. Ces opérations ont un impact sur les capitaux propres et la présentation des comptes.
Impact sur la gouvernance et bonnes pratiques
Une gestion rigoureuse des appels et une documentation complète (décisions, convocations, preuves d’envoi, relances) réduisent les risques de litiges et facilitent les actions de recouvrement. Pour les dirigeants, le respect des formalités protège également leur responsabilité. Il est recommandé de prévoir dans les statuts des clauses précises sur les appels, les pénalités et les conséquences en cas de défaut de paiement, et de consulter un expert-comptable ou un avocat pour toute situation complexe.
Le capital appelé non versé est un élément courant des finances des sociétés et doit être traité avec rigueur comptable et juridique. Sa comptabilisation correcte, une information claire en annexe, et des procédures de recouvrement maîtrisées sont indispensables pour préserver la solidité financière de l’entreprise et protéger les intérêts des coassociés et des tiers. En cas de doute ou de conflit, l’avis d’un professionnel (expert-comptable, avocat) est fortement conseillé.






